À Bruxelles, la fausse économie
Le 31 juillet, la Région bruxelloise a suspendu, dès le 12 août, plusieurs aides aux entreprises — accompagnement, formation, recrutement, coworking — faute de budget. La coupe se défend ; sa méthode, en douze jours et sans concertation, beaucoup moins. Prise de position sur l'économie de bout de chandelle qui consiste à raboter le levier le moins cher et le plus utile.
Le 31 juillet, la Région bruxelloise a annoncé la suspension, dès le 12 août, de plusieurs aides aux entreprises : l’accompagnement et la consultance, la formation externe, l’aide au recrutement, le coworking. Motif : les caisses sont vides. Sur une enveloppe annuelle d’environ trente millions d’euros dédiée à ces dispositifs, il n’en restait, à la mi-juillet, guère plus de six pour cent. La décision revient au ministre de l’Économie et de l’Emploi, Laurent Hublet (Les Engagés).
Disons-le d’emblée : la contrainte est réelle. Quand une ligne budgétaire est presque épuisée en juillet et que des centaines de dossiers risquent de rester sans réponse en fin d’année, arrêter les frais n’est pas absurde. Un gouvernement qui laisse filer la dépense jusqu’à la rupture ne rend service à personne. La discipline budgétaire n’est pas l’ennemie.
Le problème n’est pas là. Il est dans la manière. Annoncer le 31 juillet une mesure qui prend effet le 12 août, c’est laisser douze jours — en plein cœur de l’été, quand les entreprises tournent au ralenti — à ceux qui devaient déposer un dossier. C’est aussi, comme l’a relevé l’Unizo, se passer de toute concertation. Une décision peut être budgétairement fondée et rester politiquement maladroite : celle-ci coche les deux cases.
Il y a plus gênant. Parmi tout ce qu’un budget régional finance, l’accompagnement et la formation des entrepreneurs comptent parmi les dépenses les moins chères et les plus utiles : quelques milliers d’euros qui aident une petite structure à s’organiser, à recruter, à passer un cap. Couper là, c’est raboter précisément le levier à fort rendement — le genre de dépense qui, un ou deux ans plus tard, rend en activité et en emplois ce qu’elle a coûté. On ne comble pas un trou en brûlant les semences.
Reste le signal. Bruxelles se rêve en capitale entrepreneuriale, en écosystème de PME et de start-up. Or ce que perçoit l’entrepreneur, ce matin d’août, ce n’est pas une ligne budgétaire ajustée : c’est une Région qui coupe sans prévenir, sans expliquer, et sans dire ce qu’il adviendra en 2027. L’incertitude a un coût, rarement inscrit dans les tableaux. À gérer l’urgence au coup par coup, on finit par abîmer ce qui ne se répare pas d’un trait de plume : la confiance.
La question n’est donc pas seulement de savoir si Bruxelles avait les moyens de maintenir ces aides. C’est de savoir si elle pouvait se permettre de les retirer ainsi. La réponse, à mes yeux, est non. Une coupe se défend ; une coupe improvisée, en douze jours et sans horizon, se paie — plus tard, et plus cher.